Mon pays ma fait mal par ses routes trop pleines
Par ses enfants jetés sous les aigles de sang,
Par ses soldats tirant dans les déroutes vaines,
Et par le ciel de juin sous le soleil brûlant.Mon pays ma fait mal sous les sombres années,
Par les serments jurés que lon ne tenait pas,
Par son harassement et par sa destinée,
Et par les lourds fardeaux qui pesaient sur ses pasMon pays ma fait mal par tous ses doubles jeux,
Par locéan ouvert aux noirs vaisseaux chargés,
Par ses marins tombés pour apaiser les dieux,
Par ses liens tranchés dun ciseau trop léger.Mon pays ma fait mal par tous ses exilés,
Par ses cachots trop pleins, par ses enfants perdus,
Ses prisonniers parqués entre les barbelés,
Et tous ceux qui sont loin et quon ne connaît plus.Mon pays m'a fait mal par ses villes en flammes,
Mal sous ses ennemis et mal sous ses alliés,
Mon pays m'a fait mal dans son corps et son âme,
Sous les carcans de fer dont il était lié.Mon pays ma fait mal par toute sa jeunesse
Sous des draps étrangers jetés aux quatre vents.
Perdant son jeune sang pour tenir les promesses
Dont ceux qui les faisaient, restaient insouciants.Mon pays ma fait mal par ses fosses creusées
Par ses fusils levés à lépaule des frères,
Et par ceux qui comptaient dans leurs mains méprisées
Le prix des reniement au plus juste salaire.Mon pays ma fait mal par ses fables desclave,
Par ses bourreaux dhier et par ceux daujourdhui,
Mon pays ma fait mal par le sang qui le lave,
Mon pays me fait mal. Quand sera-t-il guéri ?
Robert Brasillach
Poèmes de Fresnes